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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 13:25

L'auteur de "Родина ~ Rodina ~Patrie," s'appelle Sergueï Trofimov; il est auteur-compositeur-interprète, musicien, chanteur, artiste Émérite de la Fédération de Russie. Il est également connu sous le nom de scène de Trofim.

Dans le vidéogramme ci-après, c'est Victoria Tcherentsova, chanteuse et actrice, qui interprète cette chanson lors de la cérémonie de clôture de la finale du III championnat National «Compétences des sages».

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Родина / Patrie
Сергей Трофимов

 

Les coupoles dorées des églises au-dessus de la rivière.
Fraises mûres avec du lait cru
Je cours sur l'herbe fauchée, et au dessus de moi
Le ciel est bleu et haut...
Je suis un gamin de cinq ans.,
Et ma joie chante, et mon bonheur vole...

C'est tout ce qui m'est proche, c'est quelque part au fond de moi.
C'est la chose la plus sainte qui est resté en moi.
Cela nous garde et nous guérit comme la Grâce du Seigneur.
C'est quelque chose que l'on ne peut acheter, ni enlever.

Contes de grand-mère sur l'Amour et le Courage,
Où le Bien et la Vérité protègent le monde.
Médailles de grand-père "Pour Berlin" et "Pour Prague"
Et le feu d'artifice des fêtes de printemps...
Je sais que nous sommes tous ensemble, un Peuple!
Et ma joie vole, et mon bonheur chante.

C'est tout ce qui m'est proche, c'est quelque part au fond de moi.
C'est la chose la plus sainte qui est resté en moi.
Cela nous garde et nous guérit comme la Grâce du Seigneur.
C'est quelque chose que l'on ne peut acheter, ni enlever.

Passera alentour, le temps, indifférant,
Effaçant les adresses familières,
Nous connaîtrons et le profit et le calcul,
Mais l'un dans l'autre, Nous arrêterons de voir le ciel...
Et, lorsque, pour moi, cela deviendra difficile,
Je me le dirai a nouveau, en dépit des temps...

C'est tout ce qui m'est proche, c'est quelque part au fond de moi.
C'est la chose la plus sainte qui est resté en moi.
Cela nous garde et nous guérit comme la Grâce du Seigneur.
C'est quelque chose que l'on ne peut acheter, ni enlever.

Traduction : Sarah P. Struve

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19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 07:44

Anna Reviakina est une poétesse Russe, née en 1983, à Donetsk. Elle est membre de l'Union des écrivains de la République populaire de Donetsk et de l'Union des écrivains de Russie. Ces poèmes parlent de sa ville, Donetsk, qui depuis huit ans, debout, affronte la guerre et les bombardements incessants. A propos de Donetsk, elle écrit :

Sous les pieds brûle l'asphalte / Et on n’entend plus les cloches / Dans cette ville on fond l'acier / On verse son propre sang

Ses poèmes reflètes l'angoisse des habitants de sa ville face à l'agression à la quelle Donetsk est confronté.

Je vole vers Moscou pour poser des questions... est un poème datant de 2018, alors que depuis quatre ans Donetsk défend, sous les bombardements ennemis, son indépendance

 

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Я летаю в Москву, чтоб задавать вопросы… / Je vole vers Moscou pour poser des questions...
Anna Reviakina / Анна Ревякина

De la ville où les palmiers se forgent avec des rails,
Je m’en vais à Moscou, prenant les vols les moins chers.
Ces vols sont toujours au petit matin bondé.
Et, je vois à main droite le flamboiement de l'aube.
Du jaune citron au rouge sang,
Comme si quelqu'un avait oublié de fermer des tubes de couleurs.
L'avion est ma grue blanche en origami
Mon avion vole vers le nord et laisse des cicatrices
Sur la pureté lisse de l'espace si proche.
On m'offre depuis un filtre d'osmose inversé
De l'eau dans un verre à demi plein.
Et, je ressens, comme jamais, un long cordon ombilical
Entre Dieu et moi, dont je me souviens
Souvent en vain, lorsque je rature le cahier de biais
Je vais à Moscou pour poser des questions.
On me regarde de travers, moi, la rustre,
Répondez-moi, que va-t-il arriver à ceux qui sont dans la ville du sud
Debout, les dents serrées, les mains sur les armes, contractées,
Ils se tiennent jusqu'à la mort, ce quatrième hiver de Dieu.
Debout, tels des écoliers dans un chœur, la bouche ouverte.
Dites-nous ce qui nous arrivera, à nous, sur la rade, rejetés
Il y a bien longtemps que je n'ai plus peur,
je porte en lieu et place de mon corps, mon âme,
Je la porte à l'envers, les coutures, l'étiquette,
Numéro de série, déjà plus une âme, pas encore une ogive.
Répondez-moi personnellement ou bien par téléphone.
Mon pays, une steppe entourée de terrils,
Attend une réponse, tel quelqu'un
mortellement malade, un diagnostic.
On ne parle de lui que dans les faits divers.
Répondez, j'ai besoin d'une réponse d'en haut.
Quand est-ce que nous passerons enfin le test de la guerre,
Dans cette vie ou dans celle qui vient après ?
Je vais à Moscou pour poser des questions...

Traduction : Sarah P. Struve

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14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 12:38

Cette chanson a été écrie en 1979 par Léonid Serguéev. Journaliste de télévision et barde, Leonid Serguéev (30 mars 1953, Brest, Biélorussie - 5 juillet 2022, Moscou.) Il a vécu une grande partie de sa vie à Kazan avant de s’installer à Moscou. Serguéev a terminé la faculté d’histoire et de philosophie de l’université d’Etat de Kazan (1975) Il est de formation, professeur d'histoire et de sociologie.

Voilà ce qu’il disait à propos de cette chanson, "Kolokolenka – Le petit clocher :"

« Je suis profondément convaincu qu’il y a des chansons qui se meuvent dans d’autres dimensions et se matérialisent à travers quelqu’un, afin de pénétrer dans cette vie. Et l’auteur, dans ce cas la, n’en est que le messager, le passeur, le révélateur de ce qui lui est prédestiné (…)

Durant mes années d’étude à l’université de Kazan, j’ai été amené a accompagner six fois, dans le cadre de la faculté d’histoire et de philosophie, les « commandos des neiges ». A propos de ce que sont « les commandos des neiges » c’est une autre histoire*. L’important, c’est qu’après chaque expédition sur les lieux des combats, apparaissaient de nouvelles chansons sur la guerre.

Ainsi donc, en 1979, alors que je travaillais déjà au journal «Vetchernïaïa Kazan’ », j’ai pris un congé en janvier pour partir avec la 10° expédition des « commandos des neiges ». Nous avons été dans les pays baltes et dans l’Oblast’ de Kaliningrad (l’ancienne Prusse orientale) et les impressions, le ressenti, ce que j’entendis, ce que je vis plus tard, après l’expédition, se métamorphosa en cette nouvelle chanson  « Kolokolenka »

Les premiers à entendre cette chanson, furent tout naturellement, mes amis. Elle se chantait tant pendant les concerts que lors des réunions avec les vétérans. On la chantait également dans les hôpitaux militaires, à Douchanbé, à Tachkent, à Podolsk…

Je me souviens qu’à l’hôpital de Douchanbé on m’emmena dans une des salles et on me dit ; « Chantes !... ». Et là-bas, il y a couché un gars sans bras ni jambes… Et seules me regardent dimmenses yeux noirs Comment chanter ici ? Que chanter ? J’ai chanté « Kolokolenka »…

En 1986, il y eut à la télévision l’émission « Le ring musicale ». Si l’animatrice n’avait pas été aussi stupide, cela aurait été une émission réussie. Mais elle était déterminée à s'enthousiasmer pour la musique rock et à "étouffer" la chanson d'auteur. A un moment donné, j’en ai eu assez et juste après une parodie ridicule, j’ai tout de suite enchainé avec« Kolokolenka ». Il fallait voir les regards étonnés des gens … Comme les sourires s’effaçaient des visages … Il y eut un tel silence à la fin de la chanson … Et Sacha Rozenbaum s'est levé et chanta encore une fois «La route de la vie».

Pour résumer, au matin, je me suis réveillé célèbre… Mais cela n’est pas l’essentiel, à ma stupéfaction et à mon effroi presque mystique, les héros de cette chanson ont commencés … à reprendre vie. Bien sur pas au sens propre. Mais, tout d'abord à la radio où je travaillais, est arrivée une lettre d'Afghanistan, dans laquelle l'auteur, par ailleurs lieutenant, écrivait que : «nous avons refait votre chanson et nous la chantons ainsi : « … est sur le petit champ… notre section de commando-parachutistes… ». Puis une lettre de la famille d’un certain Kroupenikov porté disparu durant la dernière guerre mondiale … Entendant cette chanson, ils avaient pensé que l'auteur savait peut-être des choses sur leur grand-père … Ce fut un choc ; ce personnage inventé prenait vie … pas celle que nous vivons, mais une vie dans la mémoire d’autrui. Tout cela n’était que le début.

A la fin des années 90, une famille est venu à l’un de mes concerts que je donnais à Saint Petersburg… C’était la famille dusergent Mokhov. Sa veuve et son fils avec sa famille…Et je vis pour la première fois mon héros que j’avais créé. Sur la photographie, un jeune homme coiffé d’une boudionovka ; le sergent chef Léonid ( !) Mokhov, porté disparu en 1942, dans les marais de Pinsk. Les lettres aux archives, les fiches signalétiques, les réponses… Jusqu'à ce jour, ces copies se trouvent chez moi. Jusqu'à ce jour il y a des recherches le concernant.

Mais l’histoire de cette chanson continue son cours. Il y a quelques années, durant le festival d’hiver de Grouchinsk, à Samara, Dima Biktchentaev et Valera Bokov, s’approchent de moi et ils me racontent : « Nous nous sommes produit, à l'hôpital du coin, devant des blessés. Et un garçon a demandé que nous chantions "Kolokolenka" ». Ils ont alors dit que l'auteur était ici à Samara … Le lendemain je me suis rendu à cet hôpital. On m‘amène dans une salle ; il y a couché là, un gars ; Le capitaine Slava Eguine, cela fait longtemps qu’il est couché là, gravement blessé à la tête sur la place Minoutka à Grozny… Je lui ai chanté la chanson. Il est resté silencieux puis a dit : « …Il y est arrivé ? » J’ai réfléchi, réfléchi et je lui dis « Je ne sais pas… » Il a réfléchi et il m’a dit « … Normalement il n’a pu y arriver. L'endroit est dégagé, la mitrailleuse sur une hauteur Il ne peut y arriver ». J’ai réfléchi longuement et je lui dis : « je ne sais pas… » Il a encore réfléchi et me dit : « Moi, je n’y suis pas arrivé. C’était aussi un endroit dégagé… » C’est un sniper posté dans un immeuble qui l’a atteint, lorsqu'il traversait en courant cette place. Je suis parti continuer à chanter dans les autres salles de l’hôpital. »

- Voici donc, pour les âmes qui l’habitent, le vidéogramme de cette chanson enregistré lors de l’émission« Le ring musicale ».

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Колоколенка
Le petit clocher

Leonid Serguéev / Леонид Сергеев

Sur la montagne, sur la petite montagne il y a un petit clocher.
Depuis là, le long du petit champ, cogne une mitrailleuse.
Et, couché dans le petit champ, les bottes tournées vers le petit soleil,
Avec grande nonchalance, traîne notre héroïque section.

Nous happons la petite terre de nos doigts crochus,
Les balles comme de petits moineaux folâtrent dans la poussière…
Mitri Gorokhov et le sergent Mokhov,
Ces petits moineaux que voila, ont finis par trouver.

C’est là que l’adjudant-chef  Kroupennikov me dit doucement,
Que je prenne la petite mort pour le bon peuple,
Qu’en haut du petit clocher, je me noie de mon petit sang
Puisqu’il est ainsi, ce sacré fils de pute.

À mon petit fusil, j’ai fixé vigoureusement la baïonnette.
Dans ma botte, j’ai fourré un vieux Nagan.
Dans ma poche gauche, j’ai enfoncé profondément
Ma médaille de troisième classe, ainsi que celle de la Valeur.

On m’a donné du biscuit, on m’a passé un clope
L’adjudant chef Kroupennikov m’a vidé une flasque,
Je l’ai gouté, me suis rappelé ma propre maman
Et, le long du champ, du petit champ, j’ai vite couru.

Et, sur le petit clocher, le fils de pute s’est énervé,
S’est mis à me viser, pour à coup sur.
On aurait dit qu’une petite poussière, qu’un petit grain de sable
Etait tombée dans l’œil du forcené, sa main bougea.

J‘ai laissé tomber le fusil et me suis affalé derrière un petit rocher
Pour que l’ennemi pense qu’il m’a apparemment accroché
Mais fallait croire qu’il s’y connaissait, il ne m’a pas cru tout de suite.
Et, derrière la pierre, la petite pierre, il m’a longuement coincé.

Mais, visiblement ce n’était pas mon destin de gouter les balles,
L’adjudant-chef Kroupennikov s’est levé comme à la parade,
Tout de suite, du petit clocher, pépiant joyeusement,

Les moineaux s’envolèrent droit dans sa poitrine, le rejetant en arrière.

Petites montagnes – petits monts, clochers – clochetons…
Qui recevra quoi, à qui est-ce le tour ?
Blessure non cicatrisée, mémoire vivante,
Le petit soleil, le petit champ et l’
héroïque section.

Traduction : Sarah P. Struve

_____________________

* - Il est communément admis qu’entre 26 et 27 millions de soldats soviétiques ont péris durant la Grande guerre Patriotique. Jusqu'à aujourd’hui, des équipes de volontaires vont chaque année sur les lieux des combats pour rechercher les traces et les restes de ces combattants afin de leur donner une sépulture descente. Les « Commandos des neiges » fonts partis de ces volontaires, ils ont été initiés en 1965, peut après le 20° anniversaire de la victoire sur le nazisme, par des étudiants de la République du Tatarstan

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 13:11

L'auteur de la chanson "Последний бой! ~ Posledni boï! ~ Le dernier combat !" est l'écrivain, poète, acteur et musicien, Mikhail Nozhkine, né en 1937. La chanson résonne dans le film en trois parties, sur la grande guerre patriotique "Освобождение ~ Ocvobojdenia ~ Libération" de Yuri Ozerov ; l'auteur écrivit cette chanson durant le tournage du film, où il joua le rôle du commandant d'une compagnie d'assaut.

Dans le vidéogramme, Mikhail Nozhkine interprète cette chanson lors du 70° anniversaire de la victoire,  le 9 mai 2015.

Cette traduction est dédiée aux combattants des républiques populaires de Lougansk et de Donetsk ainsi qu'à leurs frères de l'armée fédérale russe, qui, en cet instant, se battent afin de libérer la terre russe.

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Последний бой! ~ Le dernier combat !

Mikhail Nozhkine

Il y a si longtemps, si longtemps
Que nous ne nous sommes pas reposés
Ce n’était tout simplement pas
le temps de nous reposer.
A travers la moitié de l'Europe
Nous avons rampé,
Et, demain, demain, enfin,
Ce sera le dernier combat.

Encore un peu, encore un chouia,
C'est le plus dur, le dernier combat.
Et moi, je veux rentrer en Russie, à la maison,
Il y a si longtemps que je n'ai vu maman
Et moi, je veux rentrer en Russie, à la maison,
Il y a si longtemps que je n'ai vu maman !...

C'est la quatrième année qu'on n'a plus de vie
À cause de ces fritz,
Cela fait quatre ans,
Que coule en rivière la sueur salée,
Que coule le sang.

Encore un peu, encore un chouia,
C'est le plus dur, le dernier combat.
Et moi, je veux rentrer en Russie, à la maison,
Il y a si longtemps que je n'ai vu maman
Et moi, je veux rentrer en Russie, à la maison,
Il y a si longtemps que je n'ai vu maman !...

Demain, nous nous retrouverons
Pour la dernière fois, au corps à corps,
une dernière fois, nous pourrons
Servir la Russie
Et, pour elle, mourir,
Cela ne fait pas du tout peur,
Car, quand même, chacun
Espère survivre !

Encore un peu, encore un chouia,
C'est le plus dur, le dernier combat.
Et moi je veux rentrer en Russie, à la maison,
Il y a si longtemps que je n'ai vu maman
Et moi, je veux rentrer en Russie, à la maison,
Il y a si longtemps que je n'ai vu maman !...

Traduction : Sarah P. Struve

 

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1 mai 2022 7 01 /05 /mai /2022 19:18

Le journaliste russe, Andreï Babitski, est décédé à l'age de 57 ans dans la nuit du 31 mars au 1° avril, à Donetsk, où il vivait et travaillait depuis le début de la guerre civile ukrainienne. Voici la traduction de l'un de ses articles, qu'il publia en 2017 et qui parle de ce qui s'est passé le 2 mai 2014 à Odessa.

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UNE MÉMOIRE NON APAISÉ
par Andreï babitski

 

Dans mon enfance, parfois je commençai à soupçonner, que le monde autour de moi, était une décoration créée par une force invisible, afin de tester je-ne-sais quelles de mes réactions. Je ne sais par quoi était provoqué un tel manque de confiance vis-à-vis de la réalité, mais je me sentais réellement tel un rat de laboratoire, que quelqu'un étudiait à travers une vitre, j'avais de la suspicion envers le téléviseur et la fenêtre de ma chambre, qui avaient une vue complète sur mon espace de vie et, par moment, même ma maman, m'apparaissait irréelle.

Avec les années, les suspicions se sont dissipées, s’étant changées en des représentations plus compliquées du monde mais, le 2 mai 2014, j'ai ressenti cette suspicion connue de manque de confiance vis-à-vis de ce que je voyais. Il se passait quelque chose à la maison des syndicats d'Odessa, quelque chose qui ne pouvait être, mais, ce quelque chose, d'un rien du tout, a brutalement commencé à exister. J'ai déjà fait face à diverses circonstances tragiques, mais ces histoires avaient une sorte de schéma de développement compréhensible. Les gens se déshumanisaient dans le processus, perdant leur famille et leurs proches, brûlant de l'intérieur jusqu'à n'être plus qu'enveloppe motivée par la haine seule.

Alors que le 2 mai 2014, à Odessa, l'atrocité est apparue comme de nulle part : d'un trou soudainement formé dans la réalité, une véritable "Banderavchtchina" avec des membres coupés, des ventres éventrés et des enfants pendus. Nous connaissions toutes ces horreurs par les livres, mais nous pensions que c'était une histoire de bêtes inconnues vers laquelle il n'y avait pas de retour. Et, dans tous les cas, nous ne croyions pas que cette espèce d'animaux pourrait soudainement apparaître dans notre âme, car la foi dans le progrès est inépuisable.

Cela est arrivé : les filles et les garçons, qui hier encore nourrissaient des poupées et faisaient du surf dans les déferlantes d'Odessa, aujourd'hui, versaient du kérosène dans des bouteilles et achevaient les brûlés, qui s'étaient jetés par les fenêtres de la Maison des syndicats sur l'asphalte d'Odessa.

En un seul instant et sans aucun passage, ils ont organisé un sabbat d'homicide — dévorant des personnes semblables à eux, les habitants de leur propre ville, leurs pairs pour la plupart. Ils ont bu leur sang, puis, avec des larmes de joie dans les yeux, ils ont supplié que l'on soit fier de leur exploit : - Jetez au moins un regard qui, et comment nous avons brûlé, ici. Nous ne voulons pas vous déranger sans raison, mais vous n'avez encore jamais vu une telle horreur magnifique !

On entend souvent dire que ce ne sont pas des nazis, car ils n'avaient nulle part où se faire recruter, mais simplement des enfants malheureux et défavorisés de la dévastation post-soviétique. D'où cette cruauté bestiale que l'autre partie aurait certainement manifestée, si elle en avait eu l'occasion. Mais, ce n'est pas le cas.

Le nazisme est une idéologie, qui n'est pas nécessairement introduite dans la conscience sous la forme d'une doctrine finie, finie et logiquement cohérente. En général, elle n'affecte que légèrement la conscience et se manifeste sous la forme d'une humeur générale. L'homme sourit du fait que le soleil lui murmure quelque chose. Et la conscience elle-même, dans la plupart des cas, est représentée par une vague capacité d'acheter des saucisses dans un magasin, de s'assurer qu'on a bien payé la bonne somme au marché, ainsi que des bribes de mots de la chanson sur « laissez-les courir maladroitement...»

L'infiltration du nazisme dans la société dure des années et une personne ajoute simplement des informations inactives dans un placard, pour le moment, lointain . Il ne lutte pas avec elles, ne cherche pas à les neutraliser, elles l'aident au contraire à survivre, donnant l'espoir qu'il fait partie d'une grande communauté, qui, à travers toutes ses tribulations personnelles et ses circonstances difficiles, dédaigne la parenté avec le peuple choisi pour la grande cause. Il croit et ne croit pas, mais en général, il ne pense pas particulièrement à justifier ou, au contraire, à détruire la doctrine décousue et bestiale qui s'empare progressivement de son être. Il s'y sent à l’aise parce que quelque part dans les réserves du subconscient repose une idée qui réchauffe l'âme dans les moments les plus sombres de la vie.

Il est absolument normal, socialement adapté : a un ami, un frère, étudie, travaille, dit des bons mots, se réjouit, se lamente et se fâche comme tout le monde. Mais, le poison du nazisme retravaille déjà imperceptiblement, pour lui-même et les autres, sa nature spirituelle.

Et puis, Bang - le 2 mai. Et, il est l'instant d’après un soldat prêt et dévoué de la Wehrmacht. Il brûle des gens et est fier d'avoir participé à la construction d'un monde meilleur.

Ces événements sont devenus une frontière entre le passé et le présent. Dans ce passé, il y avait des sourires dédaigneux de nos partisans nationaux de l'Ukraine Euro-Atlantique du camp libéral. Ils haussaient les épaules et regardaient l'interlocuteur avec un sentiment de légère pitié et de mépris. "Où avez-vous vu des nazis là-bas ?"demandaient-ils. Après aussi, ils continuaient à s'interroger, mais leurs yeux glissaient obstinément par-dessus et à côté de la maison des syndicats incendiée et les corps carbonisés dans son hall. Ils n'ont pas accepté cette horreur comme argument prouvant que Bandera est revenu dans toute sa forme bestiale et a commencé à cravacher l'Ukraine comme un cocher son cheval.

Cependant, leur opinion a cessé d'être importante. Auparavant, nous pensions qu'ils conversaient de façon honnête et impartiale avec nous, simplement en raison de certaines de leurs préférences, ils avaient tendance à minimiser le danger du nationalisme ukrainien. Après le pogrom d'Odessa, il est devenu clair qu'ils n'allaient pas nous parler du tout. L'avance qu'ils ont accordée à l'Ukraine s'est avérée être un ausweis autorisant toutes formes d'actions. Selon eux, il était possible de brûler des personnes, de tirer à coup de canons et de chars sur les villes et villages du Donbass, de mener des processions aux flambeaux avec des portraits de Bandera et de Chukhevich, de fusiller des prisonniers sans procès ainsi que de les torturer de la manière la plus brutale, dans des prisons improvisées des bataillons territoriaux nazis.

Ce mois de mai Odessite, est étroitement enveloppé dans un linceul de désespoir et de haine. Aucun des auteurs de la tragédie n'a été arrêté, ni condamné. Et seulement une rumeur populaire, et les réseaux sociaux partagent des rumeurs selon lesquelles les filles et les garçons qui ont mis du kérosène dans des bouteilles, meurent les uns après les autres de la manière la plus surprenante. Quelqu'un s'est noyé, un autre a été poignardé en Russie, un autre a été jeté d'un toit. Honnêtement, je ne suis pas du tout sûr que ce soit vrai ; c'est plutôt ainsi que l'angoisse de représailles s'exprime. Ni Odessa, ni tous ceux qui ont vécu ces terribles événements comme un chagrin personnel, ne sont prêts à oublier et à pardonner. Et cette attention intense aux destins de ces petits bestiaux, dont le nom de chacun est bien connu, est une sorte de garantie que, tôt ou tard, tous répondront de ce qui a été fait.

Source ~ Life

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27 mars 2022 7 27 /03 /mars /2022 18:53

La chanson « minute de silence » est issue du film « Батальоны просят огня – Batalionny prossïat ognïa – les bataillons demandent un appuie d’artillerie » film en quatre parties datant de 1985, inédit en France, (comme d’ailleurs la majorité du cinéma russe, censuré par les distributeurs audiovisuels occidentaux ?)

Ce film aborde l’histoire de la reprise, en 1943, par les troupes soviétiques du fleuve Dniepr. Deux bataillons de fusiliers-voltigeurs doivent traverser le Dniepr en concentrant le feu de l’ennemi sur eux. Tant-dis que Le gros des forces soviétiques, traversera le fleuve à un endroit libre des troupes d’occupation allemandes.

Dans ce film, les principaux rôles sont interprétés par plusieurs acteurs connus du cinéma soviétique et russe, dont, entre autre, Alexandre Zbrouev, Alexandre Pankratov-Tcherny, ainsi que NikolaÏ Karatchentsov qui interprète la chanson du film « Minutes de silence. »

~~~~~~~~

Минуты тишины

Les minutes de silence

Paroles M. Matoussovski / Musique A. Petrov

Aussi étrange que cela soit, durant les jours de guerre,
Il y a des minutes de silence,
Lorsque le combat s’apaise fatigué,
Et que les déflagrations ne s’entendent presque plus,
Nous restons dans ces jours de guerre,
Assourdis de silence.

C’est ainsi parfois durant les jours de guerre,
Nous faisons des rêves dans les tranchées,
Nous rêvons de villages d’avant guerre,
Derrière les fenêtres des quels, brûlent des lumières.
Et dans les gourbis, les jours de guerre,
Nos rêves respirent la paix.

Comment prévoir à l’avance
Le difficile chemin
Des compagnies de fantassins,
Qui arrivera jusqu’au boyau prochain,
Qui arrivera jusqu'à la victoire.
Comment prévoir à l’avance,
Où te mènera ton destin?...

Traduction : Sarah P. Struve

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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 06:01

 

Dmitri Stechine, est un journaliste russe, travaillant pour le journal « Kosomolskaia pravda. » il y est, entre autre, correspondant de guerre et a couvert différents théâtres de guerres, tels que la Libye, la Syrie, l'Ossétie du sud. Ces derniers jours, il était à Marioupol, c'est de là-bas qu'il envoie des notes sur sa page Telegram. Voici la traduction de l'un de ses postes.

 

Note de Marioupol

La guerre a des détails terribles, que le témoin ne réalise qu'après. Le psychisme sépare ce qui est vu : sang / intestin et horreur infernale, séparément. Sinon, la conscience et l'esprit ne le supporteront pas. Aujourd'hui, j'ai retravaillé dans ma tête ce que j'ai vu à Marioupol. La première image provoque une sorte de tristesse implacable : un corps d'enfant dans un sac de linge de lit, juste à l'échangeur à l'entrée de la ville. Un magasin "O'stin," Une exposition de jouets pour enfants près d'un passage. Une sorte de cabinet psy de débriefing. Pour comprendre, à une dizaine de mètres de ce cabinet, sous une couverture, se trouve une vieille dame morte avec une cane brisée par des éclats d'obus. Comme tous les morts à la guerre, les personnes âgées n'ont tout simplement pas eu le temps de s'abriter. Et la troisième chose, la pire, qui m'afflige jusqu'à présent... J'enregistrai une vidéo et une femme avec un garçon de 15 ans est venue me voir. Ils avaient sur leur tête des bandanas blancs éblouissants faits de draps. La femme m'a pris pour un officiel et a commencé à me torturer avec des questions :
- Notre grand-mère a la maladie de Parkinson, où prendre les médicaments ? Vous n'en avez pas ?
- Non, je n'ai pas de médicaments.
- C'est un médicament rare, on n'en trouve pas partout. Il y a l'hôpital N°17 à côté. D'après vous, on peut y aller ?
J'ai jeté un regard sur les côtés. Il ne se passait rien autour, bien sûr, mais en temps de guerre, les gens grouillaient devant l'hôpital. Je me suis décidé à lui donner un conseil :
- Allez y, bien sûr, vous voyez, les gens tout autour. Si le médicament est rare, peut-être que personne n'en a besoin.
- On peut y aller, sûr?
Je haussai les épaules, je voulais terminer cette conversation, elle était douloureuse et je ne savais pas encore ce qui me stressait.
- Allez-y, vous voyez, je suis là sur la place !
La femme a remercié et est partie. Je me souviens encore que dans les coins des yeux, elle avait des traces de sel, comme des larmes séchées.
Exactement cinq minutes plus tard, suffisamment de temps pour que mon interlocutrice et son fils atteignent cet hôpital, les "Azov"* l'ont couvert d'un paquet de "Grad."
J'ai envoyé à la mort mon interlocutrice, je lui ai donné mon assurance. Je n'ai aucun moyen de savoir si elle est en vie, si son fils est en vie, et que cela s'agrippe à moi tel un lourd péché. De toute façon, à la guerre, on ne peut l'éviter.

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* "Azov" ~ Bataillon nazi intégré à l'armée ukrainienne.

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18 mars 2022 5 18 /03 /mars /2022 09:58

Voici une chanson historique des cosaques du Don, datant de la première guerre mondiale ~ 1914 ~ 1916.
Le vidéogramme ci-dessous, fut enregistrée en septembre 2020 pour Vek (Le siècle,) un site qui présente de la musique folklorique des cultures traditionnelles des différentes régions de la Russie.

les interprètes en sont : Nikolaï Sakharov, Ilia Tchekounov, Alexandre pereslepine, Aleksei Prokhorov, Nikolaï Chantarenkov, Rostislav Kononenko, Vladimir Iakimov, Maxime Sassov, Evgueni Bagrintsev, Ivan Sakharov, Mikhail Tchilakhsaev, Serguei Sterlikov, Ivan Lapine, Nikolai Kozlov, Mikhail Zamorine, Nikolaï Triphilov, Dmitri Matveenko, Alexei Mikhaltsov, Fedor belooussov.

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По горам Карпатским ~ Par les monts des Carpates

Par les monts des Carpates, la neige tourbillonnante,
L'hiver, crépitent les froids puissants,
Nous attaque, le maudit allemand,
Sur la croix d'or, sur notre nation,
Et mon beau brun, brun, aux sourcils bruns
Se bat pour sa foi contre les Germains
les Germains voulaient que nos cosaques
Aillent servir leur trône,
Mais nos Cosaques, glorieux sabreurs,
Ne sont pas allés servir leur trône,
Se mirent à jouer les trompettes, les trompettes, les tambours,
les portes s'ouvrirent, est sorti l’infidèle,
La bataille s'est enflammée, une bataille sans pitié,
S'est mis à couler en rivière, le sang brûlant,
Le Cosaque demande à Dieu, prie et pleure,
Que nos têtes ne soient pas, sur ce tertre, couchées,
sur ce tertre, de gais oisillons,
Pour leur foi, jouent joyeusement !

Traduction: Sarah P. Struve

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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 13:57

Vladimir Skobtsov est né en 1959 à Donetsk. Il est l'un des poètes et bardes, vivant et travaillant à Donetsk, consacrant ses créations à sa ville et à toute la Novorussie. Skobtsov raconte dans son œuvre, comme dans un Donetsk déserté, renaît une nouvelle vie culturelle et, comme la poésie acquière, en temps de guerre, une nouvelle respiration. Le poème "Le quatrième cavalier" date de 2015.

 

 

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Четвёртый всадник ~ Le quatrième cavalier

Vladimir Skobtsov

 

Sans godaille, ni oraison
Derrière le barrage routier, l'été a éclaté
Vers le sud.

À Noël, la crèche est déserte
Et il n'est pas clair de ce qui adviendra,
Vraiment pas.

Quelque part l'été s'amuse
Et quelque part, le bonheur rit,
Mais pas, ici.

Et, ce n'est pas que je n'ai pas de blé,
j'ai fichu mon billet à la destinée,
Question de dignité.

Au-dessus de la toile de mines tissée,
Dans un ciel, une meute de grues cendrée,
Le soupir de quelqu'un.

Si tu existes, alors écoute,
Comme t’appellent
Nos âmes, Mon Dieu.

L'océan de vie n'est pas sans fin,
Est-ce juste, ou péché,
Je n'ai pas vécu ainsi.

Si on me fourre un couteau dans le dos,
A la douane, je donnerai à Charon,
Une pièce non monnayable de cinq sous.

L'automne mordoré,
Un maraudeur, dans un sac, l'emporte
Vers nul-part.

Derrière la vitre, tremble une feuille jaunie
Dans le viseur se couche l'astre du jour
Pour toujours.

Dans l’immensité bleutée, un coup de feu éclatera...
Je t'ai cherché toute ma vie,
Mais pas au bon endroit.

Pieds nus, tu cours vers moi,
Un pâle cavalier derrière toi,
Te suit pas à pas.

Traduction : Sarah P. Struve

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1 février 2022 2 01 /02 /février /2022 06:19

Vladimir Vissotski rencontra Marina Vlady en 1968, au théâtre de la Taganka, à Moscou, quinze ans après avoir été fasciné à l'age de dix huit an par celle-ci à travers le film « La sorcière » où Vlady, âgée alors de seize ans, jouait.

Voila comment Marina Vlady raconte sa rencontre avec Vissotski : "je vois un jeune homme de petite taille, mal habillé, qui se dirige vers nous. Je le regarde brièvement, et seuls ses yeux gris clair, attirent mon attention. Mais, les cris dans le public me font interrompre l’histoire et je me tourne vers lui. Il se lève, prend ma main furtivement et l’embrasse, s’assoit devant moi, et ne me quitte plus des yeux. Son silence ne me dérange pas, nous nous regardons, comme si nous nous connaissions depuis toujours. « Je sais que c’est toi,» c’est comme ça que j’ai rencontré Vissotski."

Il fait la cour à la jeune femme durant deux ans. C’est une histoire d'amour fracassante, tout Moscou sait que Vissotski consacre désormais ses chansons seulement à elle. Ils se marient en 1969, année où Vissotski enregistre la chanson « "Poème lyrique (Лирическая)" dans la quelle apparaît la forêt ensorcelée du film "la sorcière."

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Лирическая ~ Poème lyrique
Vladimir Vissotski

Ici, les branches des pins tremblent sous leur poids,
Ici, le pépiement des oiseaux est inquiet.
Tu vis dans une forêt sauvage et ensorcelée,
D’où il est impossible de s’en aller.

Que tel du linge au vent, sèchent les merisiers,
Que les lilas s’affaissent sous la pluie ;
De toute façon, je t’emmènerai d’ici,
Dans un palais, entendre les roseaux chanter.

Pour mille ans, ton univers est dissimulé
De moi et de la lumière, Par les sorciers,
Et, tu penses qu’il n’y a pas plus merveilleux,
Que cette forêt ensorcelée.

Que sur les feuilles, il n’y ait pas de rosée,
Que la lune se querelle avec le ciel nuageux,
De toute façon d’ici, je t’emporterai
Dans une claire tour, au balcon donnant sur la mer.

Quel jour de la semaine, à quelle heure
Sortiras-tu précautionneusement, vers moi ?
Quand donc, t’emporterai-je dans mes bras,
Là-bas, où il est impossible de te retrouver ?

Si ce larcin est à ton goût, je te volerai;
Est-ce pour rien, que tant de force, j’ai dépensé ?
Sois d’accord au moins pour un paradis dans une chaumière,
Si quelqu’un occupe déjà la tour du palais.

Traduction : Sarah P. Struve

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  • : STENGAZETA - ПАРИЖСКАЯ СТЕНГАЗЕТА
  • : Le mot « Stengazeta » est un acronyme voulant dire « journal mural ». Stengazeta de Paris publie des traductions de chansons russes contemporaines et/ou populaires, ainsi que des articles d'opinions. Il m’a semblé utile, de faire percevoir à travers ce blog, la Russie et ses cultures, hors du prisme propagandiste et réducteur que véhiculent les pouvoirs politiques, économiques & médiatiques occidentaux. S. P Struve
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