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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 12:18

« Là-bas, au loin, de l'autre côté du fleuve » est surtout connue comme l’un des plus beaux chants bolchevik. Il existe plusieurs versions sur l’origine de ce chant, ainsi que différentes paroles.

Dans la biographie de l’auteur de la version bolchevik, Nicolaï Martynovich Kool (1902/3 -1974), il est dit que Kool aurait écrit ce texte en 1924 dans la ville de Koursk, Les fenêtres de son logement donnaient sur le fleuve « Seïm » et se serait la vue sur la Seïm qui l’aurait inspirée pour les premières strophes du chant.

N KoolKool est né à Belgorod de père Estonien. Durant la guerre civile, Il fut membre de la Tcheka et plus particulièrement des TchON (ЧОН) «Части Особого Назначения - Unités à destination spécial » crées pour éliminer les contre-révolutionnaires. Ces unités étaient réputées pour leur cruauté et les façons expéditives qu’elles utilisaient contre toute personne considérée comme « contre-révolutionnaire », et la liste en était longue. Mais Kool est plus particulièrement connu pour sa traduction en russe de l’épopée estonienne appelée : « Kalevipoeg », Kool fit la traduction de « Kalevipoeg » essentiellement durant les années de la Grande Guerre Patriotique, où il fut d’abord commandant de compagnie, puis, plus tard, commissaire de bataillon dans le corps d'armée Estonien. Kool racontait qu’il traduisait l’épopée de nuit, à la lueur d’une lampe à mèche fabriquée avec une douille d’obus. Cette Traduction publiée dans l’après-guerre (1949), fut en URSS, un important évènement littéraire.

En fait, à ce que l’on sait maintenant, la mélodie de « Là-bas de l'autre côté du fleuve », avait déjà eu une existence autonome des paroles de Kool, pendant plus d’un siècle et avait servie à nombre de textes. Il existait par exemple sur cet air, une chanson de bagnards dont l’un des couplets disait à peu prés ceci : « C’est seulement en Sibérie / Que s'active l'aube, / Dans le village le peuple s'éveille. / Sur la cour d'étape / On entend le tintement des fers / Ce sont les déportés qui se rassemblent pour la route... »

Quand à la thèse disant que Kool fut inspiré pour les premières strophes de son texte par le fleuve « Seïm », celle-ci est contredite par une version antérieure datant de la guerre russo-japonaise (1904 – 1905) guerre que la Russie perdit et dont – d’après nombre d’historiens et comme le raconte Oleg Pagoudine - la conséquence principale fut la révolution russe, la guerre civile et le cortège de terreur et de famines qui s’en suivit.

Durant cette guerre, alors que la marine russe coulait le Variag pour qu’il ne tombe aux mains des Japonais, les troupes russes se bâtaient en Mandchourie contre les troupes du soleil levant: Décembre 1904 en Mandchourie. La chance militaire est du côté des Japonais. La Russie ne compte aucune victoire depuis le début des combats. Une mauvaise nouvelle brise les espoirs de l’armée Russe de Mandchourie - Port-Artur est tombé. Port-Artur a capitulé ! Les Japonais transfèrent leurs troupes de Port-Artur vers le nord, afin de défaire définitivement l’armée russe. C’est justement durant ces jours tragiques que le commandant de la brigade des cosaques de Transbaïkalie, le major général Pavel Michtchenko reçoit l'ordre d’organiser un raide de cavalerie à l'arrière de l'ennemi, de prendre la ville maritime d’Yingkou et de mettre hors service la voie ferrée sur le tronçon Liáo hé - Port-Artur.

guerre du japon

Michtchenko ne prend que des cosaques qui se portent volontaires, les prévenant que : "les blessés et les malades, en dérogation à la règle, seront abandonnés sur place pour ne pas ralentir inutilement le détachement(…)".

Le 26 décembre (9 janvier selon le calendrier grégorien) les Cosaques volontaires de Michtchenko, ayant enfoncés le flanc gauche des japonais, traversèrent le fleuve Liáo hé ( le nom exacte est Liào, hé voulant dire "fleuve"). Au soir du 31 décembre 1904 (13 janvier 1905 N.C.) les cosaques s’approchent d'Yingkou à l'embouchure du fleuve. Les fantassins japonais attendent déjà au fond de leurs tranchées. Pour ne pas s'égarer dans la nuit, le commandement ordonne d'allumer des feux de camps repères dans les villages des environs de Yingkou. ; Finalement ces feux de camps eurent un rôle fatal dans cette nuit du nouvel an russe. Ne connaissant pas le terrain, les troupes cosaques font fausse route, ne sachant vers quels feux se diriger.

Les Japonais derrière leurs fortifications, fusillent calmement les cosaques à une distance de cent pas. Les sabres sont impuissantsgeneral.jpg face au feu roulant des mitrailleuses japonaises. Trois fois de suite les détachements cosaques partirent à l’attaque, trois fois de suite, ils furent repoussés. Yingkou ne fut pas prise par les cosaques.

Voici donc les traductions de ces deux chants ; l’un, celui de Kool datant de 1924 , et l'autre celui sur la bataille de Yingkou, à l'embouchure du Liáo hé, la nuit du nouvel an russe. L’auteur de ce dernier chant n’est pas connu, mais c’est bien ces paroles là et le fleuve Liáo hé, qui inspirairent Nicolaï Kool.

Reste que dans la mémoire collective, et non seulement en Russie, la très belle version de Kool est la seule qui soit connue et reconnue.

Voici deux vidéogrammes où on peut entendre ces deux chants:

- Le premier vidéogramme glanée sur la toile, reprend « De l’autre côté du fleuve Liáo hé » sur des photos et des dessins d’archives de la guerre russo-japoonaise.

- Le second vidéogramme extrait du film : « Как закалялась сталь – Et l’acier fut trempé », d’après une nouvelle éponyme de Nikolaï Ostrovski. reprend l’extrait du film où la version de Nikolaï Kool est chantée à deux voix à peine portées par le son d'un accordéon.

__________________

De l’autre côté du fleuve Liáo hé
За рекой Ляохэ

De l’autre côté du fleuve Liáo hé, s’allumaient des feux
Grondait menaçant le canon
Une centaine d'aigles vaillants
Des régiments cosaques
Au gallot partaient à l’attaque de Yingkou.

Les cosaques avançaient nuit et jour,
Dépassant montagnes et steppes.
Soudain au loin, près du fleuve,
Se mirent à briller des baïonnettes,
C'était les chaînes japonaises.

Et sans peur le détachement galopa vers l'ennemi,
Vers une bataille terrible et sanglante,
Et, de ses mains, le sergent,
Soudain laissa tomber sa lance:
Le cœur du fier gaillard était transpercé.

Il tomba sous les sabots, dans cette attaque audacieuse,
Inondant la neige de son sang chaud
Toi, mon petit cheval moreau,
Transmets, mon ami,
À ma Cosaque, qu’elle ne m'attende plus.

De l’autre côté du fleuve Liáo hé s’éteignaient les feux
Là-bas, dans la nuit, Yingkou finissait de brûler.
S’en retournant de l’attaque
Revenait le détachement
Seulement, de cosaques, il en restait peu.

Traduction : Sarah P. Struve

____________________

Там вдали за рекой
La bas au loin, de l’autre côté du fleuve

Nikolaï. Kool

La bas au loin, de l’autre côté du fleuve, se mirent à briller des lumières,
Dans le ciel clair, le crépuscule finissait de se consumer.
Une centaine de jeunes combattants des troupes de Boudionnov
Partaient en reconnaissance, galopant à travers champs.

Ils avancèrent longuement dans le silence nocturne
A travers la large steppe ukrainienne.
Soudain au loin, prés du fleuve, se mirent à briller les baïonnettes
S’étaient les chaines de la garde blanche.

Et sans peur, la compagnie galopa à la rencontre de l’ennemie,
S’engagea un combat sanglant.
Et le jeune combattant, inclina sa tête brusquement:
Un cœur komsomol était transpercé.

Il tombât auprès des sabots du cheval moreau,
Et ferma ses yeux bruns,
Toi mon petit cheval moreau, transmet mon ami,
Que j’ai périe honnêtement pour les travailleurs…

La bas au loin de l’autre côté du fleuve, s’étaient déjà éteintes les lumières,
Dans le ciel clair l’aurore s’enflammait.
Des goutes de sang épais, de la jeune poitrine,
Dans l’herbe verte, s’échappaient.

Traduction : Sarah P. Struve

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Published by stengazeta.over-blog.com - dans Chansons populaires russes
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