А май уже наступил / Et mai est déjà là Anna Reviakina / Анна Ревякина
2022
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Et mai est déjà là – le premier, le deux, le trois.
Il nous recouvre, nous masque d’un filet de camouflage.
Nous élève au-dessus du monde, promettant la victoire.
Je m’en vais imprimer le portrait de grand-père.
Je me fabrique un bouclier – un bâton, un bout de contre-plaqué.
Grand-père a des yeux – asphalte sec – gris-clairs.
Ilregardait avec eux attentivement – un russe d’Orel, mon héros.
Sur le bouclier, comme vivant, mon grand-père décédé.
Il a élevé une bonne petite-fille; serait-il content ?
Elle porte mon nom. Les Reviakine – une lignée vivace.
Et il me traîne le long de la Tverskaïa, à travers le temps.
En quarante-trois, un Allemand m’a tiré dans la jambe.
Et en quarante cinq, au tout début de mai,
J’étais étendu sous les corps des camarades, pensant que je mourrai.
Et ce n’est qu'en deux mille quinze, que je me suis endormi, décédé.
entre Dokoutchaevsk et Donetsk, dans un champen friche, je suis couché.
Je suis allongé, je ne pense à rien, déjà, ne croyant plus en rien.
J'ai vu comment un humain se transforme en une bête féroce.
Mais je n'ai jamais vu la bête redevenir un humain.
Au-dessus de moi volent, soit des cigognes, soit des solgnes.
Elles volent construire leurs nids sur les toits, par la guerre, fracassés,
Jadis, ma Liouba m’a dit : « Micha, nos enfants ne doivent pas voir
Ce dont tu rêves la nuit. »
Je lui ai menti alors, j’ai répondu que je le lui promettais.
Sergueï Makhovikov et né en 1963 à Leningrad. Il est chanteur, compositeur, interprète, acteur, cinéaste. En 2015, il a participé au projet de l'orchestre philharmonique D'état du territoire de l'Altaï de E. Artemeev sur le travail de V. Chukchine, faisant une tournée avec lui àSaint-Pétersbourg, Ivanovo, Yaroslavl et Moscou.
À l'automne 2014, il s'est rendu au Donbass, où il a apporté de l'aide humanitaire et donné plusieurs concerts. Plus tard, il s'est rendu à plusieurs reprises en République Populaire de Lougansk et en République Populaire de Donetsk toujours, en mission humanitaire.
Depuis 2015, il est interdit de séjour en Ukraine. En février 2016, il donne un concert pour les militaires russes à la base aérienne de Hmeimim en Syrie.
En mars 2023, il participe à l'émission de Sergueï Mikheev : « Tchelovek Z » que l'on peut visionner, ici.
A. Zakhartchenko
Dans le vidéogramme ci-après, pour le quarantième jour du décès d'Alexandre Zakhartchenko, premier dirigeant de la République Populaire de Donetsk, assassiné dans un attentat le 31 aout 2018, Sergueï Makhovikov interprète cette chanson qu'il a dédié à la mémoire de Zakhartchenko.
Un détachement de la milice est parti en reconnaissance de combat
Dans les tranchées, cela fait trois jours que les sentinelles ne dorment pas.
Dans le cagna, même le chat attend ; quand est-ce qu'ils rentreront à la maison.
Le crépuscule se couvrait d'un manteau gris
"Comment vont les gars là-bas ? Vont-ils revenir?"
Les commandants se taisent et fument cigarette sur cigarette.
Nous avons compris cette loi fondamentale de la guerre:
Plus effrayant que l'attente, c'est le temps du silence mort.
Par des obus, le "no mens land" familier est déchirée .
"Halte, qui va là ?!"et retentirons des voix :
"Au-dessus de tout le Donbass, un ciel sans nuages.
Au-dessus de tout le Donbass, un ciel sans nuages."
Te rappelles-tu lorsque nous avons rassemblé tous les blessés dans le ravin,
Ils étaient couchés en silence ; passait, cliquetant, l'ennemi.
Soudain, lentement, l'engin vira et s'en allât écraser...
Et ensuite, nous ne saurions l'oubliez, c'était comme ça:
Harnaché de grenades, un gamin, sous le tank, s'est couché ,
Et le ciel s'est soulevé et, s'en reveint en pluie d'éclats.
Comment s'appelait-il et quel âge il avait, nous ne le savions pas, nous avons juste murmuré: "Bien-aimé...".
Les étoiles ont entrouvert leur formation et se sont élevés à l'unisson avec toi.
Les Sentinelles ne dorment pas, et leur prière vole au ciel.
"Halte, qui va là ?!,"en réponse, retentissent les voix :
"Au-dessus de tout le Donbass, un ciel sans nuages.
Au-dessus de tout le Donbass, un ciel sans nuages."
Croix de Saour-moguila et fichus dans les nuages.
Nous avons été bombardés à bout portant, nous avons ri dans l'obscurité.
Et la nuit, en petite sœur, le saint printemps, s'est faufilé vers nous
Et nous nous sommes relevés de dessous la terre, sommes allés contre l'ennemi.
Et même le chien rampait en attaque - " Avec nous Moscou !"
Il y avait beaucoup de morts, peu d'eau et beaucoup de sang...
Pas de grades, pas de noms, et seulement dans le talkie-walkie, le grésillement de l'indicatif d'appel.
C'est notre destin et nous sommes fiers de notre avancée.
Les enfants attendent leurs pères, ils ont dans leurs paumes et l'amour et la guerre
Les gars reviendrons et nous dirons alors :
"Au-dessus de tout le Donbass, un ciel sans nuages.
Au-dessus de tout le Donbass, un ciel sans nuages.
Au-dessus de tout le Donbass, un ciel sans nuages.
Au-dessus de tout le Donbass, la victoire enrobée d’or! »
Le poème "la fille du mineur", créé par Anna Reviakina dans son style poétique unique, sincère, à sa manière impressionniste, raconte le choix inévitable et tragique devant lequel la barbarie fatale met aujourd'hui les vivants. Ses lignes sont un tocsin bourdonnant, qu'il est impossible de ne pas entendre, et un murmure de jeune fille à peine perceptible, un chagrin amer, dont la mémoire restera impérissable.
Le poème traduit, ici, est le premier d'un recueil de poésies éponyme écrit en 2016 et publié en 2018, que l'on peut lire en ligne,en cliquant la couverture du livre.
Il est facile de reconnaître cette ville aimée par l'auteur, Donetsk, et de ressentir l'amour pour les gens de cette ville et l'attente d'un monde lumineux, dont tout humain est digne. Dans le recueil, Les visages esquissés de la guerre sont accentués par des illustrations au fusain.
En mai 2018, lors d'un soiré littéraire où elle lisait des extrait de son recueil. Anna Reviakina, racontait qu'elle avait terminé son recueil le 8 octobre 2016, date anniversaire de la naissance de Marina Tsvetaeva. .
De trous de ver et de saignements
Se cicatrise la guerre.
Derrière les bas-cotés, au-dessus des champs,
Il y a des volées de corbeaux noirs.
Sur la route où le front se faufile,
Là ou il se disloque; Dieu voit,
Une claire damoiselle à la natte châtain,
Dans les cheveux ; une fleur bleue.
Ses mains ne sont pas plus épaisses que des brindilles,
Ses pieds sont des voûtes de ballet,
Elle est de ces gentilles filles,
De ces saintes orphelines naïves
Sa robe est de morne pauvreté,
Sa petite croix est de fil et de métal.
Cette fille est si transparente,
Qu'il serait improbable de la faire parler.
Sur la route, là où il y a la boue de la périphérie,
Là où les guerriers sont à l'affût,
Cette fillette impassible
Commence à être une ligne.
Silencieuse, miséricordieuse,
Se noyant dans les ténèbres.
Cette fille est véridique,
Comme la guerre qui est derrière ma fenêtre.
Sur les paumes; des croix et des lignes,
Sous les yeux; un voile de pluie...
cette fille s'appelle Maria.
Et elle est aux deux tiers, moi.
Anna Reviakina est une poétesse Russe, née en 1983, à Donetsk. Elle est membre de l'Union des écrivains de la République populaire de Donetsk et de l'Union des écrivains de Russie. Ces poèmes parlent de sa ville, Donetsk, qui depuis huit ans, debout, affronte la guerre et les bombardements incessants. A propos de Donetsk, elle écrit :
Sous les pieds brûle l'asphalte / Et on n’entend plus les cloches / Dans cette ville on fond l'acier / On verse son propre sang
Ses poèmes reflètes l'angoisse des habitants de sa ville face à l'agression à la quelle Donetsk est confronté.
De la ville où les palmiers se forgent avec des rails,
Je m’en vais à Moscou, prenant les vols les moins chers.
Ces vols sont toujours au petit matin bondé.
Et, je vois à main droite le flamboiement de l'aube.
Du jaune citron au rouge sang,
Comme si quelqu'un avait oublié de fermer des tubes de couleurs.
L'avion est ma grue blanche en origami
Mon avion vole vers le nord et laisse des cicatrices
Sur la pureté lisse de l'espace si proche.
On m'offre depuis un filtre d'osmose inversé
De l'eau dans un verre à demi plein.
Et, je ressens, comme jamais, un long cordon ombilical
Entre Dieu et moi, dont je me souviens
Souvent en vain, lorsque je rature le cahier de biais
Je vais à Moscou pour poser des questions.
On me regarde de travers, moi, la rustre,
Répondez-moi, que va-t-il arriver à ceux qui sont dans la ville du sud
Debout, les dents serrées, les mains sur les armes, contractées,
Ils se tiennent jusqu'à la mort, ce quatrième hiver de Dieu.
Debout, tels des écoliers dans un chœur, la bouche ouverte.
Dites-nous ce qui nous arrivera, à nous, sur la rade, rejetés
Il y a bien longtemps que je n'ai plus peur,
je porte en lieu et place de mon corps, mon âme,
Je la porte à l'envers, les coutures, l'étiquette,
Numéro de série, déjà plus une âme, pas encore une ogive.
Répondez-moi personnellement ou bien par téléphone.
Mon pays, une steppe entourée de terrils,
Attend une réponse, tel quelqu'un
mortellement malade, un diagnostic.
On ne parle de lui que dans les faits divers.
Répondez, j'ai besoin d'une réponse d'en haut.
Quand est-ce que nous passerons enfin le test de la guerre,
Dans cette vie ou dans celle qui vient après ?
Je vais à Moscou pour poser des questions...
Vladimir Skobtsov est né en 1959 à Donetsk. Il est l'un des poètes et bardes, vivant et travaillant à Donetsk, consacrant ses créations à sa ville et à toute la Novorussie. Skobtsov raconte dans son œuvre, comme dans un Donetsk déserté, renaît une nouvelle vie culturelle et, comme la poésie acquière, en temps de guerre, une nouvelle respiration. Le poème "Le quatrième cavalier" date de 2015.
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Le mot « Stengazeta » est un acronyme voulant dire « journal mural ». Stengazeta de Paris publie des traductions de chansons russes contemporaines et/ou populaires, de poésies, ainsi que des articles d'opinions.
Il m’a semblé utile, de faire percevoir à travers ce blog, la Russie et ses cultures, hors du prisme propagandiste et réducteur que véhiculent les pouvoirs politiques, économiques & médiatiques occidentaux.
S. P Struve